La distribution des sacs plastiques de caisse en Suisse. [titre temporaire]

CALVANI Morgane, LAMBIEL Audrey, PANETTI Géraldine, RYDER Heather, SCHIFFER Basile et WAKLEY Tom

Introduction

Aujourd’hui, le plastique est présent dans tous les aspects de nos vies : sous forme de bouteilles, d’emballages alimentaires, de mobilier, d’ustensiles, de sacs, et d’autres, polluant différents milieux tout au long de son cycle de vie (1).  En effet, lors de sa production, une quantité importante de pétrole et d’eau est nécessaire, et la gestion de la fin de vie du plastique n’est toujours pas résolu, notamment à cause du problème de son recyclage. Cela est particulièrement vrai pour les sacs et emballages plastiques qui sont produits et distribués largement aux caisses de nos supermarchés, puis jetés directement après une utilisation unique. Lorsqu’ils sont jetés dans la nature, ces sachets mettent 100 à 450 ans pour se  dégrader (2).  Cette pollution plastique touche les plages, bords de lacs et rivières et entraînent des problèmes d’ordre économique et de santé publique.

Au début des années 60 le sac plastique fait son apparition,  inventé par l’ingénieur suédois Sten Gustaf Thulin suite à la soudure et au découpage d’un tube en plastique (3). L’objet, révolutionnaire pour son époque puisqu’il est capable de porter jusqu’à 2000 fois son poids, est souvent distribué gratuitement car il est facile à produire. Ces avantages certains séduisent les consommateurs qui en font un objet de leur quotidien (4). Le composant principal de ces sacs de courses est le polyéthylène (5), un polymère d’éthylène créé artificiellement à partir du raffinage du pétrole brut (6). Les trois types de polyéthylènes utilisés pour faire les sacs plastiques sont « high density polyethylene »,  « low density polyethylene » et « linear low density polyethylene » (pour plus de précision sur la fabrication des sacs plastiques, se référer à l’annexe).

Au milieu du 20ème siècle, une science en pleine expansion suite à de forts problèmes de pollution dans les milieux naturels, nommé l’écologie, cible le plastique comme premier choix pour la réduction de la pollution (7). Effectivement, le plastique a plusieurs effets néfastes pour la planète: il impacte négativement le paysage et engendre des coûts de gestion des déchets; la pêche et l’agriculture sont touchées en raison de la pollution des eaux et des sols(8) et certaines études prouvent qu’il peut être dangereux pour les animaux et pour l’homme (9) (10).

Un des exemples les plus frappant de l’ampleur de ce phénomène est le nouveau continent de plastique dans l’océan Pacifique qui atteint aujourd’hui 3.5 millions de km2. D’après un reportage de TV5 monde (11), 80% du plastique qui le compose provient de déchets amenés par les fleuves depuis les zones urbaines. Cette pollution des eaux pose de nombreux problèmes écologiques, en menaçant dangereusement les animaux marins mais aussi les écosystèmes. L’accumulation de ces plastiques et micro plastiques ont un effet destructeur sur les récifs coralliens et la biomasse planctonique, qui ont un rôle essentiel dans la fixation du CO2 atmosphérique. Par conséquent la pollution plastique est en partie responsable du réchauffement climatique, en empêchant la capture de ce gaz à effet de serre.

En Suisse, la distribution gratuite des sacs de caisse a interpellé le politicien du Parti Démocrate Chrétien (PDC),  Dominique De Buman. Il explique que 3’000 tonnes de plastiques par année sont utilisées pour le transport et l’emballage des produits alimentaires (12). La problématique des sacs plastiques, de leur distribution aux caisses à leur recyclage ou leur élimination, a fait réagir différents acteurs en Suisse. L’éventualité d’une interdiction légale proposée par D. De Buman a créé une controverse qui implique autant la sphère politique que les associations de consommateurs, mais aussi les distributeurs principaux tels que Coop ou Migros et certaines entreprises privées proposant des alternatives à ces sacs telle que BioApply. Ces acteurs permettent une analyse de la controverse selon différents éclairages.

L’interdiction du sac plastique : une mesure qui fait débat dans la sphère politique

En Suisse, les lois visant à réduire la distribution des sacs plastiques de caisse sont quasiment inexistantes. Par exemple à Genève, la loi L1 20 LGD mentionne seulement des règles pour le tri et l’élimination des déchets mais ne préconise aucune régulation concernant leur distribution.  D’un point de vue politique, le parti “Les Verts” ne se prononce pas particulièrement sur ce sujet, mais le politicien Fribourgeois D. De Buman, membre du PDC, place le débat sur le devant de la scène. Pour lui, la question des sacs plastiques, et notamment la pollution qu’ils entraînent, est importante. En effet, il explique que ces sacs présentent un trop fort coût énergétique lors de leur production pour un temps d’utilisation très court (13). Il dépose à ce propos deux motions, une en 2008 (12) et une en 2010 (14), visant à interdire la distribution des sacs plastiques de caisse en Suisse. Selon lui, la Suisse devrait agir de concert avec les autres pays qui se mobilisent à ce sujet. Il met en avant le fait que la Chine a déjà interdit la distribution de sacs plastiques, et que l’Australie le fera sous peu. Au niveau de l’Union Européenne, il y a également la mise en place de mesures légales relatives à la distribution des sacs plastiques. Par exemple, en 2002, l’Irlande est un des premier pays membre de l’Union Européenne qui choisit de diminuer la consommation de sacs plastiques par la population (15). Elle impose une taxe de 15 centimes par sac afin de dissuader leur utilisation et ainsi privilégier des alternatives comme les sacs réutilisables. Cette action a rapporté approximativement 10 millions d’euros dès la première année de sa mise en vigueur et diminué l’utilisation des sacs de 90%. En cas de non-respect de la loi, les commerçants sont susceptibles de recevoir des amendes pouvant aller jusqu’à 1’900€ et même des peines d’emprisonnement de 1 an, voir 10 en cas de récidive.

Pour revenir sur le cas Suisse, une pétition déposée auprès du Grand Conseil (13) rejoint les idées de D. De Buman et souligne le fait qu’une interdiction « des sacs plastiques à usage unique à Genève mettrait le canton non seulement au même niveau que plusieurs des pays voisins, mais également en tête de la lutte contre la pollution plastique en Suisse ». En effet, la Suisse ne fait pas partie de l’Union Européenne, mais est un membre du G8, donc collabore avec ses voisins européens à propos de questions d’importance écologique. Dominique De Buman ajoute même que la Suisse se doit d’être un exemple pour les autres pays en matière de recyclage et de réduction des déchets (14).

Le Conseil Fédéral Suisse voit cependant l’interdiction proposée par les motions comme une mesure qui ne serait au final pas réellement utile, voir même disproportionnée, comme on peut le lire dans la réponse faite par le Conseil Fédéral (12) (14). En effet, le Conseil Fédéral présente la Suisse comme un pays dont le système de gestion des déchets est efficace, ce qui selon lui le dispense de mettre en place des mesures plus restrictives : la Suisse doit plutôt sensibiliser les consommateurs ainsi que les grandes surfaces qui distribuent les sacs. Dans la réponse du Conseil Fédéral aux motions de D. De Buman, il est d’ailleurs expliqué que ce sont les pays en voie de développement qui doivent en priorité se pencher sur ce problème et agir sur la distribution et la gestion du plastique puisque ce sont eux qui sont principalement touchés par le problème de l’accumulation de déchets. Pourtant, le politicien explique lors d’une discussion avec l’une des membres de la Fédération Romande des Consommateurs à propos des sacs plastiques de caisse (13)  qu’ « il n’y a aucune réelle valorisation de leur matière première, puisqu’ils sont jetés et brûlés, puis finissent leur vie uniquement sous forme de chaleur; on ne peut pas parler de recyclage proprement dit».

La solution qui a été mise en place pour le moment est un accord de branche (16). Cet accord conclu entre les entreprises du secteurs de la grande distribution a pour but de compléter la loi (17) : les sacs de caisse ne sont désormais plus distribués gratuitement dans les grandes enseignes comme la Coop ou la Migros. Il est stipulé dans cet accord de branche que les objectifs de celui-ci sont les mêmes que ceux des deux motions de D. De Buman : réduire l’utilisation des sacs plastiques à usage unique. Cette mesure permet une régulation de la distribution des sacs plastiques tout en évitant une interdiction totale de ceux-ci. L’accord a pris effet depuis le début de l’année 2018, soit 10 ans après que la première motion du politicien PDC ait été déposée.

Une accoutumance à l’utilisation qui tend à changer

Entre 1950 et 2012, la production de plastique est passée de 1,7 millions de tonnes à 288 million (18),  étant l’une des matières les plus utilisée au monde. L’engouement pour cette matière plutôt qu’une autre peut s’expliquer par certains critères de qualité, comme son poids, sa solidité, sa durée de vie et son bas coût (19). Ces nombreux avantages font des sacs plastiques un véritable “symbole de notre société de consommation polluante”, comme exposé sur le site internet d’Entreprise Environnement, une société qui se donne pour rôle d’informer à propos des tendances écologiques des entreprises (20). Cette accoutumance et banalisation des sacs plastiques provoque une certaine dérive de leur utilisation. En effet le sac plastique était conçu initialement pour avoir une longue durée de vie, puisque formé de matériaux résistants. Toutefois celle-ci est de statistiquement 20 minutes (21), temps au-delà duquel ils sont jetés ou laissés de côté. Les matières fossiles se faisant de plus en plus rare, la tendance est à l’épargne de ces dernières. Les sacs plastique représentent 4 à 8% de la consommation annuelle de pétrole, contre 70% pour la mobilité (22). Malgré sa faible proportion, les sacs plastiques restent une cible abordable pour une diminution de la consommation. Selon le portail de l’économie de la république Française (23), les sacs plastiques distribués à usage unique sont le point d’attaque le plus rentable pour une amélioration du bilan écologique global.

La sensibilisation de la population est une solution intéressante pour la réduction de la consommation, une certaine prise de conscience de la part de la population permet un changement de comportement de celle-ci face aux questions écologiques que la consommation de sacs plastiques implique. Selon les pays, la sensibilisation peut se faire par plusieurs moyens. Par exemple, des campagnes citoyennes sont lancées par des organisations à but non lucratif aux États-Unis (24) ou par des blogs de consommateurs en Suisse (25). Chaque pays a donc libre choix de sélectionner la tactique lui semblant la plus efficiente pour gérer sa diminution de consommation de sacs plastique distribués en caisse: l’Irlande (15) a mis en place des mesures telles que des peines de prisons en cas de récidive de distribution, l’Espagne choisit elle de taxer jusqu’à 30 cts par sac (26). En ce qui concerne la Suisse, malgré le fait qu’aucune mesure obligatoire ne soit prise, les entreprises majeures en terme de distribution alimentaire que sont Coop et Migros (27) ont accepté l’accord de branche résultant du refus des motions de De Buman. Pour répondre aux attentes écologiques des consommateurs, chacune des deux entreprises présentent un programme d’actions s’inscrivant dans le cadre du développement durable, comme le témoignent les sites internet respectifs de chacune des deux entreprises (28) (29).

La taxe de 5 centimes ajoutée à une campagne de sensibilisation omniprésente, comme le montre cette édition de l’émission “à bon entendeur” (30) a permis un véritable changement dans le comportement des suisses vis-à-vis des sacs plastiques, comme cela est présenté dans le reportage réalisé dans un second temps par la RTS (31). Statistiquement, on mesure une baisse de 84% de consommation en 1 an. Le politicien Dominique De Buman dit être satisfait de l’évolution de la mentalité du peuple suisse dans ce même reportage. C’est donc en douceur que la transition s’est faite dans l’état d’esprit des suisses qui ont su rendre le sac plastique non-essentiel.

Les effets néfastes sur l’environnement

Si une réduction de la consommation des sac plastiques a été possible en Suisse sans une interdiction formelle par la Confédération, c’est parce que la population est particulièrement sensibilisée aux impacts environnementaux du plastique.

Les sacs plastiques de caisse jetables sont principalement critiqués sur leur mauvais éco-bilan : la production d’un sac en plastique nécessite des ressources fossiles limitées et précieuses mais aussi de grandes quantités d’eau (12). De plus, la production de polyéthylène est un processus qui relâche du dioxyde de carbone, un des contribuables majeurs du changement climatique.

L’écobilan est un moyen de juger si un produit est bon ou mauvais pour l’environnement. Il prend en compte la consommation d’énergie, l’utilisation de matière première, et les substances relâchées dans l’environnement durant tout le cycle de vie du produit (fabrication, transformation, utilisation et élimination du produit) (32). Cependant, la société Ecobilan montre dans un rapport (33) qu’elle a fait pour la société Carrefour à propos des impacts environnementaux de différents types de sacs (papiers, plastiques jetables, plastiques réutilisables et biodégradables), et il s’avère que les sacs jetables “se situent donc plutôt mieux que les sacs papiers et biodégradable sur la plupart des indicateurs, sauf pour le risque par abandon qui est la principale faiblesse de ce sac”. Cet argument est d’ailleurs avancé par les grandes surfaces comme Coop ou Migros, qui refusent d’utiliser des sacs biodégradables ou biosourcés semblant trompeurs (25). De plus, le fait que ces sacs soient produits à base de denrées alimentaires est un autre argument en défaveur de leur utilisation car elles ne souhaitent pas que la production de ces sacs fassent concurrence à la production alimentaire (34). Frederic Mauch est le fondateur et CEO de la société BioApply, une entreprise suisse créée en 2006 et qui propose des sacs compostables/biodégradables. Lors de notre entretien avec lui, il ne nie le fait que ces sacs aient un écobilan qui n’est pas parfait.  Cependant, l’écobilan ne prends pas en compte la deuxième partie de vie du sac selon lui. Il affirme ensuite que les aliments utilisés pour la fabrication de ses sacs sont issus de cultures qui ne sont de toute façon pas destinées à être consommés.

Après lecture du rapport d’Écobilan (33), les sacs plastiques de caisse posent surtout un problème lorsqu’ils ne sont pas correctement jetés. Une étude réalisée par une équipe de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) a montré que la concentration des particules plastiques dans le lac Léman était relativement élevée, avec 2’300 macroplastiques/km2 et 220’000 microplastiques/km2 (35). Ces résultats sont confirmés par une seconde étude Swiss Litter Report (36), réalisée par le groupe d’intérêt STOPPP (Stop Plastic Pollution), qui révèle que le déchet le plus abondant dans les eaux suisses est le plastique. En effet, certains déchets plastiques ont la capacité de se fragmenter en microparticules. C’est notamment le cas des sacs plastiques dit oxo-dégradables qui, lorsqu’ils sont exposés à des facteurs abiotiques externes (comme la chaleur, les UV, le vent, l’oxygène,…), se fragmentent en microplastiques (56).

Les effets engendrés par cette pollution de microparticules menacent la faune des lacs. Comme expliqué par des chercheurs de l’EPFL (35), les micro plastiques mettent “les écosystèmes à rude épreuve”. En effet, les chercheurs expliquent que cela pose problème par exemple chez les oiseaux et les poissons, qui pourraient avaler ces morceaux de plastiques.  Cela peut causer une obstruction de leur voies respiratoires ou digestives. De plus certains déchets plastiques contiennent des composés toxiques pour les animaux, comme le Bisphénol A ou des phtalates, qui sont des perturbateurs endocriniens, affectant l’immunité des animaux et de leur descendance (57).

L’influence des enjeux économiques

Il est évident que la surconsommation de sacs plastique est néfaste du point de vu écologique, cependant des enjeux économiques sont aussi influents pour le maintien de sa production et vente par les grands distributeurs suisses. D’autre part, la diminution de leur utilisation par les consommateurs laisse une place au développement de sacs alternatifs, ce qui créent ainsi un nouveau marché.

Dans l’interview que nous avons réalisé avec Frédéric Mauch, fondateur de BioApply, ce dernier nous explique que ses premiers projets consistaient à produire et vendre des articles de prêt-à-porter : ceux-ci étaient faits à partir de matière fossile, jetés après une utilisation relativement courte et nécessitant une logistique lourde car étaient importés depuis la Chine (61). Il a alors réalisé son envie de faire les choses de manière respectueuse de l’environnement et en utilisant des matières renouvelables. Son idée initiale a été de produire des tongues en plastique biodégradables, mais même après avoir breveté l’idée et une collaboration avec la marque Havaianas, le produit ne se vend pas bien. C’est à ce moment qu’il pense aux sacs biodégradables car comme il l’explique la technologie existe déjà et à ses yeux la problématique de la pollution plastique touche beaucoup les gens. C’est pour cela qu’il voit une occasion de lancer un produit qui aura du succès et avance clairement un argument économique à cette démarche. Au départ la fabrication de sacs était, selon ses mots, “un side business pour rapporter du cash” et pouvoir poursuivre ses autres projets, mais au final c’est devenu leur activité principale et Bio Apply a aujourd’hui le monopole du marché des sacs écologiques en Suisse.

Frédéric Mauch raconte également (61) qu’il était en faveur de la motion pour l’interdiction des sacs plastiques de Dominique De Buman et que même son entreprise s’est mobilisée pour soutenir cette motion, notamment en créant leur propre groupe d’intérêt STOPPP (“stop plastic pollution switzerland”). Il explique que la motion aurait dû être mise en application car elle avait été validée par les deux chambres fédérales, mais cela n’a pas été le cas à cause de lobby puissants tels que Coop et Migros. Durant leur lutte pour faire passer cette interdiction, il rapporte avoir subi des pressions de la part de ces mêmes lobbys comme des menaces de procès, ce qui a mené au rejet au niveau politique des motions. Selon lui, pour “calmer l’histoire” et faire acte de compromis, les grands distributeurs ont conclu à un accord de branche, avec la mise en place d’une taxe sur les sacs plastiques distribués en caisse (16). Coop et Migros font donc attention à leur image, mais ne perdent pas de vu leur intérêt économique. Selon Frédéric Mauch, une taxe de 5 centimes n’est pas assez élevée en comparaison du pouvoir d’achat des citoyens suisses et même s’il admet que les volumes des sacs vendus ont baissés, il regrette qu’on ne soit pas allé plus loin et pense personnellement que ces sacs plastiques sont destinés à disparaître. Étant en faveur de l’interdiction des sacs plastiques de caisse, F.Mauch avance ici des arguments écologiques puissants et qui semblent lui tenir très à cœur, mais on peut également souligner qu’une interdiction des sacs plastiques faits de matière fossile laisserait une place de marché encore plus importante aux alternatives écologiques, comme les produits proposés par BioApply. Il rappelle que leur stratégie a été de créer le groupe STOPPP afin de rester crédible en séparant le côté politique du côté économique. Ainsi ils ont pu lutter dans l’affaire De Buman pour leurs idées écologiques, tout en continuant de faire du business avec les plus grands distributeurs suisses. De ce fait, les sacs compostables et biodégradables de BioApply sont proposés à la vente par Migros, qui « ironiquement » est un de leur plus gros client malgré leur désaccord au niveau politique (61) .

Un impact sur la santé toujours incertain

Les études sur l’impact des microplastiques sur la santé apparaissent seulement depuis les années 2000 (37). Sur le site du NCBI (38), on peut lire à propos des micro et nanoparticules que la communauté scientifique ne connaît pas les effets réels de ceux-ci sur la santé. Ils préconisent alors pour le moment d’être prudent face à l’utilisation de ceux-ci. Les sacs plastiques contiennent principalement du polyéthylène (PE). D’après une étude réalisée en Suisse sur la matière plastique, les PE auraient comme propriété une excellente résistance aux produits chimiques (58).

Ce même composé est retrouvé dans les océans. En effet il est expliqué dans une analyse publiée dans « Marine Pollution Bulletin » (39) que le plastique retrouvé dans les océans contient du HDPE (high density polyethylene), du LDPE (low density polyethylene) et du PP (polypropylène) qui sont dérivés du PE que l’on retrouve dans les sacs plastiques distribués en caisse. Ils sont retrouvés sous forme de microplastiques dans l’océan, c’est à dire des particules dont le diamètre ne dépasse pas 5mm.

Suite à ces constats, la question de l’impact du plastique sur la santé humaine se pose. Il ressort beaucoup d’études sur le bisphénol A et les phtalates, qui sont tous les deux des produits chimiques présents dans la composition de plusieurs types de plastiques. Selon la revue Médecines/Sciences, ces deux substances sont des perturbateurs endocriniens qui influencent la croissance, le développement de l’enfant, mais aussi provoquent des problèmes de fertilité que ce soit chez l’homme ou la femme (40). Ces propos sont soutenus par les résultats d’une étude rapportée par un panel d’expert du NTP-CERHR travaillant sur l’influence du bisphénol A sur le développement et la reproduction (41). La Confédération Suisse (59), interdit l’utilisation de ces substances pour l’emballage des denrées alimentaires afin d’éviter tout problème.

L’effet du bisphénol A sur la santé humaine inquiète les scientifiques, mais à contrario plusieurs études semblent montrer que le HDPE et le LDPE,  les composants principaux des sacs plastiques de caisse, n’auraient apparemment pas d’effets graves sur la santé (42) (43). Il faudrait même privilégier les contenants en plastique qui en sont composés, en particulier dans le cas où il y a un contact avec de la nourriture, car ils ne contiennent pas ou peu de bisphénol A.

Cependant l’impact de ces sacs plastiques sur la santé ne s’arrête pas aux substances capables de diffuser et que l’on pourrait ingérer de manière directe. Les microplastiques issus de la dégradation des sacs plastiques touchent principalement la faune marine, comme expliqué précédemment. Selon une étude publiée dans le bulletin sur la pollution marine (39) à propos de la composition des débris de plastique dans l’ouest de l’océan Atlantique Nord, on retrouverait principalement des HDPE et des LDPE. Or d’après une seconde étude de la même collection, les poissons ingèrent ces microplastiques (44), ce qui aurait un impact sur leur santé. Outres les risques d’occlusion intestinale, les microplastiques provoquent une sensation de satiété, ce qui fait que les poissons se détournent de leur chaîne alimentaire de base (39). Comme expliqué dans le livre « Marine Anthropogenic Litter » (55), si on se place du point de vue de la santé humaine, l’ingestion par l’Homme d’un poisson intoxiqué ne devrait pas poser de problème, étant donné que l’intestin du poisson ne se consomme généralement pas. Mais si on considère le fait que les produits toxiques peuvent migrer dans les autres tissus du corps du poisson, alors cela pourrait avoir un impact sur la santé humaine. Cependant, cela ne reste qu’une hypothèse, il n’y a pas encore d’étude qui ait été réalisée et qui confirme ces propos.

Des alternatives aux sacs plastiques

Actuellement, le seul plastique qui est recyclé en Suisse est le polyéthylène téréphtalate (PET). Les autres types de plastiques ne sont donc recyclés qu’en partie et une grande quantité est incinérée. Selon l’Office Fédéral de l’Environnement (60), dans son dossier sur l’élimination des déchets, l’incinération du plastique présente une valorisation thermique car ils peuvent récupérer la chaleur produite et l’utiliser comme source d’énergie, « selon la teneur en biomasse des déchets, l’énergie provenant de leur incinération (valorisation thermique) est classée comme renouvelable ». Cette élimination représente la fin de vie du sac en plastique.

En réponse aux points soulevés précédemment, des alternatives aux sacs plastiques traditionnels se mettent en place. La production de « bioplastiques » pour faire des sacs biodégradables et ainsi réduire les émissions de dioxydes de carbone issus de la production sont de plus en plus populaires. En Suisse, le producteur principal de sacs biodégradables et compostables est BioApply. Pour la fabrication de leurs sacs, ils utilisent des matières premières issues de végétaux tels que le bois, l’amidon de maïs, le blé ou la pomme de terre. Pour eux, la définition de biodégradable est « la biodégradabilité d’un produit est la qualité de décomposition totale et l’assimilation dans la nature moyennant des micro-organismes (bactéries, fongus, algues) sans produire de substances toxiques. » (48). Leurs sacs se distinguent ensuite entre compostable ou simplement biodégradable et s’ils sont compostables dans un jardin privé ou dans une installation de compostage publique. Leurs sacs correspondent aux critères du bioplastique, qui sont d’être un produit renouvelable et issu du monde végétal (49). Un autre type de plastique biodégradable est le plastique oxo-biodégradable. Ces plastiques sont faits de polymères d’éthylène, comme les sacs traditionnels, auxquels des sels ont été ajoutés afin de catalyser la dégradation naturelle du plastique en présence d’oxygène (50).

D’autres alternatives pour aider au recyclage ont aussi étés proposés. Une étude faite à l’Université de Kyoto montre qu’un champignon Penicillium simplicissimum est capable de croître sur n-alkane, qui est un analogue du polyéthylène (51). Le PE doit subir une dégradation abiotique telle qu’une irradiation aux UV afin de former des groupes carbonyles qui peuvent être dégradés par le champignon. Ces groupes permettent au champignon de dégrader les branches le plus courtes du polyéthylène. Une autre étude faite avec des chenilles Galleria mellonella, montre que ces larves de chenilles sont capables de manger le polyéthylène (52).

Conclusion

Après une analyse de ces différents aspects de la controverse, le devenir du sac plastique à usage unique semble assez défini. Avec une diminution de son utilisation  de 84% en un an (31), le peuple suisse c’est détaché de leur utilisation. Cette diminution laisse prévoir une utilisation très faible dans les prochaines années. Cette transition se fera en Suisse en douceur sans même recourir à une interdiction générale. Dans l’union européenne, l’acheminement vers cette diminution c’est fait par différents moyen : accords dans le domaine de la distribution , interdiction totale ou alors une taxe sur les sacs (53). En Europe comme en Suisse, la controverse autour de l’interdiction sacs plastiques semble s’éteindre gentiment. Les mesures prises en place pour diminuer l’utilisation évoluent constamment, ce qui en fait un sujet d’actualité. En effet, plusieurs éléments de la controverse ont évolué pendant que nous traitons cette dernière. Notamment, les chiffres concernant la diminution d’utilisation, publiés en avril 2018 (31), ou encore des alternatives écologique comme ce sac plastiques  biodégradables comestible (54). Ce dernier exemple illustre à la perfection l’intérêt mondial concernant la distribution des sacs plastiques, puisque la production de ces sacs biodégradable se fait en Indonésie, ce qui prouve que même les pays en voie de développement se sentent concernés par cette problématique.

On peut donc imaginer un avenir avec une diminution constante même au niveau mondial de la distribution. Actuellement, le défi écologique consiste plus à nettoyer les déchets plastiques accumulés pendant ces dernières années de sur consommation.

 


Annexe 

Il y a plusieurs types de plastique mais tous sont fait principalement de polymères d’éthylène, le polyéthylène. Selon le site “Sciencing”, un sac HDPE de haute densité sera plus résistant qu’un sac LDPE de basse densité, même s’il est plus fin. Le site présente également le LLDPE (« Linear Low Density PolyEthylene »), ce type de polyéthylène est utile pour faire des sacs un peu plus épais et plus lourd. Suivant la performance recherchée, le commerce choisi quel type de plastique est mieux ajusté à ses besoins. Dans les deux cas, la fabrication est similaire. L’éthylène est un hydrocarbure à deux atomes de carbone, C2H4, qui comporte une double liaison (46). Sous les bonnes conditions de température et de pression, la double liaison du monomère s’ouvre et plusieurs monomères se lient ensemble pour former de longues chaînes de polyéthylène (47). L’article « The Manufacture of Polyéthylène » du site du New Zealand Institute of Chemistry explique que la différence majeure entre les deux principales sortes de polyéthylène est la pression à laquelle le monomère est soumis. Afin d’obtenir un polyéthylène de basse densité, le monomère d’éthylène est soumis à une haute pression de 1000 à 3000 bar. À cette haute pression, le polymère formé comporte beaucoup de branches et de ramifications, c’est ce qui lui confère ses propriétés souples et un aperçu opaque. Afin d’obtenir un polyéthylène de haute densité, le monomère d’éthylène est soumis à une basse pression de 10 à 80 bar. Ce polymère se formera de manière un peu différente de la HDPE car sa structure est plus linéaire. Cette caractéristique le rend plus rigide et donne un aperçu transparent (47).

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